Coincé au nord-est de Nantes, entre l’Erdre qui coule tranquillement et la ligne de train qui file vers Châteaubriant, Saint-Joseph de Porterie cache une histoire vieille de plus de mille ans. Ce petit bout de Bretagne, où les habitants s’appellent les « Portériens » depuis 1989, c’est un vrai voyage dans le temps : des Gaulois jusqu’aux écoquartiers d’aujourd’hui.
Aux origines de Porterie : quand les Gaulois s’installaient déjà ici
Porterie, ça remonte loin. Vraiment loin. En 2009, des archéologues ont fait une découverte incroyable : le tout premier site gaulois trouvé à Nantes, qui date du Ve siècle avant J.-C. ! Un grand fossé témoigne encore de cette époque où nos ancêtres avaient déjà repéré le bon plan. Entre le Ier et le IIIe siècle, l’endroit se transforme en villa rustica, une de ces exploitations agricoles gallo-romaines bien organisées.
Huit siècles d’occupation continue, ça ne trompe pas : l’endroit avait tout pour plaire avec l’Erdre à côté et des terres fertiles. D’ailleurs, « Porterie » vient du latin « Porteriacum », qu’on retrouve dans la Charte de Louis VI. Les noms, ça voyage à travers les siècles.
Une terre de seigneurs en Haute-Bretagne
L’historien Léon Maître parle de Porterie comme d’une « ancienne terre épiscopale » qui prend de l’importance au fil du temps. Amédée Guillotin de Corson va même jusqu’à classer la baronnie de Porterie parmi les grandes seigneuries de Haute-Bretagne. Pas mal pour un petit coin de campagne !
Les propriétaires se succèdent et racontent l’histoire bretonne : Jean de Châteaubriant en 1286, Jean Anger en 1416, Jean Tournemine en 1455, Geoffroy Drouet en 1580, la duchesse de Penthièvre en 1595, Gabriel Bernard en 1600. Au XVIIe siècle, ces seigneurs font construire le manoir qu’on peut encore voir près du centre du bourg.
Vers 1630, Porterie change de mains : les Despinoze, une famille de riches négociants venus d’Espagne, s’installent. Ils possédaient déjà les Renaudières à Carquefou et étendent leur territoire sur Porterie et l’Étang-Hervé. Une famille qui a marqué les lieux.
François-René Lelasseur rachète tout et agrandit
En 1786, François-René Lelasseur débarque. Avocat général à la Chambre des Comptes de Bretagne et gros propriétaire du coin nantais, il rachète le domaine de Porterie. L’homme ne fait pas les choses à moitié : il acquiert aussi le Bois-Hue, le bois du Bèle et Port-la-Blanche. Du coup, ses terres s’étendent à perte de vue.
À ce moment-là, l’ancien manoir seigneurial est devenu une simple métairie où vit le fermier principal. Un changement qui montre bien comment la région passe du système féodal à une agriculture plus moderne.
La Révolution arrive et Porterie devient nantaise
Jusqu’à la Révolution, Porterie n’était qu’un « traict » de l’immense paroisse de Saint-Donatien, aussi éloignée de Nantes que Carquefou ou la Chapelle-sur-Erdre. En 1791, Nantes absorbe la paroisse de Saint-Donatien. Les Portériens deviennent nantais du jour au lendemain.
Le quartier rassemble alors de grandes propriétés de bourgeois nantais ou de l’Église : châteaux et manoirs avec leurs métairies et borderies. Les noms des lieux racontent cette richesse : la Chantrerie, Cheviré-la-Perverie, le Bois-Hue, le Fort, Launay, Clermont-Ranzay, la Bouchetière, Saint-Georges, la Halvêque.
Plus au nord, l’Étang-Hervé regroupe les petits hameaux du Port-Brégeon, du Picot, de la Guiblinière, de la Brégeonnière, de la Boisbonnière et de Boisbonne. Un ensemble rural qui avait du charme.
Saint-Joseph naît en 1845
Le problème, c’est que l’église Saint-Donatien se trouve à près de 5 kilomètres, et les routes sont dans un état déplorable. Les gros propriétaires en ont assez. En décembre 1844, ils envoient une pétition à Mgr de Hercé, évêque de Nantes, pour réclamer leur propre paroisse.
Ça bouge vite : dès février 1845, le maire Ferdinand Favre et son conseil municipal donnent leur accord. Le roi Louis-Philippe signe l’ordonnance le 12 novembre 1845. La « paroisse de Saint-Joseph de Portricq » voit le jour avec 843 habitants sur 960 hectares.
L’église Saint-Joseph sort du catalogue de l’architecte Joseph-Fleury Chenantais. Mgr de Hercé la bénit le 30 septembre 1846. C’est autour de cette nouvelle église que le bourg va se développer, avec le presbytère, le cimetière, et plus tard les commerces.
L’école arrive, mais pas sans mal
Le 9 décembre 1850, le bourg ouvre sa première école, une initiative privée. Malgré son nom d' »école de garçons », elle accueille aussi des filles jusqu’à ce que les sœurs de Saint-Gildas créent leur établissement quatre ans après.
La loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l’État met six ans à s’appliquer ici. L’Église a encore de l’influence ! Aucun propriétaire ne veut vendre un terrain à la ville pour construire une école publique. Les grands propriétaires se cotisent même pour réparer les écoles paroissiales.
Finalement, en août 1909, Aristide Briand prend un arrêté ministériel qui force la création d’écoles publiques. Un descendant de René-François Le Lasseur accepte de vendre une parcelle, mais à prix fort. Le maire Gabriel Guist’hau fait construire un groupe scolaire qui ouvre le 12 octobre 1911.
Le train arrive et les Batignolles naissent
En 1877, le chemin de fer débarque, traverse l’Erdre sur le viaduc de la Jonelière. Ça change tout pour l’économie locale. En 1917, une zone industrielle s’installe près de la route de Paris. La société parisienne des Batignolles y implante ses ateliers de construction de locomotives et de métallurgie.
Cette arrivée de l’industrie bouleverse la géographie sociale : le sud de Saint-Joseph devient « les Batignolles », le bourg historique garde son surnom affectueux de « Saint-Jo ». En 1924, la paroisse perd sa partie la plus industrielle autour de la Beaujoire, qui devient une nouvelle paroisse avec l’église Saint-Georges des Batignolles.
La tradition des champs et des jardins
Saint-Joseph-de-Porterie reste longtemps un coin de campagne. On y fait de tout : des vignes sur les coteaux de l’Erdre, des céréales, un peu d’élevage. Au XXe siècle, les fermiers deviennent propriétaires et se tournent vers le maraîchage, l’arboriculture et l’horticulture.
Le maraîchage démarre dès 1936, s’intensifie pendant la guerre pour nourrir tout le monde, et continue jusqu’aux années 1970. Cette tradition agricole forge l’identité du quartier, qui reste « douillettement blotti autour de son église » jusqu’à 14-18.
L’urbanisation moderne et l’écoquartier Erdre-Porterie
Nantes grandit, l’agglomération s’étend. Les anciennes parcelles maraîchères deviennent des terrains à bâtir. Quand les derniers exploitants partent à la retraite, les promoteurs arrivent avec leurs projets de lotissements autour du bourg historique.
Depuis 2003, l’opération « Erdre-Porterie » développe un écoquartier de 45 hectares sur 5 sites qui s’étalent jusqu’à la Beaujoire. Le projet prévoit 2 200 logements, 11 000 m² de commerces et services, une crèche, un collège, un EHPAD et le gymnase Jean-Vincent.
La place des Tonneliers a été refaite récemment avec ses commerces et services de proximité, histoire de garder l’esprit village. Cette transformation respecte l’environnement et montre que Saint-Joseph de Porterie sait allier modernité et préservation de son patrimoine.
Un quartier qui n’oublie pas d’où il vient
Aujourd’hui, Saint-Joseph de Porterie fait vivre ses traditions avec des fêtes qui rassemblent les Portériens. Le quartier a gardé son âme de village tout en s’adaptant aux défis urbains d’aujourd’hui. Résultat : un cadre de vie privilégié entre ville et nature.
Cette alliance entre passé et avenir fait de Saint-Joseph de Porterie un témoin vivant de l’évolution de la Bretagne urbaine, où l’histoire millénaire cohabite avec les projets d’écoquartier du XXIe siècle.